L'eau, la terre, le feu et le ciel.
L'Islande est apparue dans le brouillard qui couvrait le fjord de Seydisfjordur.
Des taches, des taches juxtaposées : le brun des landes encore brûlées par le froid de l'hiver, quelques restes de neige, tout de même, de belles épaisseurs. Et comme posées au hasard, le long de la jetée, les rares maisons du village, rouges, jaunes, elles aussi fatiguées de lutter contre le froid et le vent. Et entre nous et la terre, le gris de la mer presque noir. Le ciel était absent ce jour-là : il faudra attendre ou changer de lieu pour sortir de ces couleurs-là : gris, noir, noir, gris.
Le plus simple des récits de voyage célèbre ces endroits où le cœur bat plus vite. C'est le cas aujourd'hui pendant que l'étrave du ferry bouscule les eaux tranquilles du fjord.
Là, en regardant le paysage s'approcher au rythme du bateau, l'impression première est de solidité, d'éternité, celle d'un lieu protégé des hommes et de l'histoire.
Vu du continent, il ne se passe jamais rien en Islande, hormis de temps à autre une éruption volcanique ou une crise politico-financière aux solutions étonnantes, l'attribution d'un prix littéraire à un de ses écrivains. L'actualité ne donne lieu qu'à peu de commentaires, de l'histoire, l'on ne retient que les fameuses sagas à la rigueur un viking hirsute qui découvrit le Groenland et l'Amérique.
En France, nombrilisme oblige, ce sont les pécheurs qui nous feront vaguement chercher à situer sur une carte cette île. Tout juste si nous nous rappelons que Jules Verne y fera débuter son ''Voyage au centre de la terre''Il faut prendre un peu d'altitude pour commencer à saisir un petit morceau de ce pays. En haut d'une colline, d'un volcan, faites une rotation de 360 degrés, l'horizon sera gris, l'herbe sera grise, la mer sera grise. Mais ce gris est beau, il n'est pas triste, il n'est pas uniforme, pas languissant ; il est là et vous l'acceptez.
Quant aux autres jours, et bien la palette s'ouvre, les verts, les bleus, les ocres, les rouges se mettent en place sous un ciel sans limite.Mais quel est le vrai paysage de l'Islande ?
Les plages de sable noir, les bosquets verts qui, ici et là tentent de protéger les rares maisons, les déserts de pierres multicolores. Les immenses plateaux couverts de lichen et déchirés par des failles où s'engouffrent ces rivières aux chutes intimidantes. Tout cela à la fois : dans la même journée, vous verrez l'océan, un glacier, un volcan, un geyser et vous vous baignerez dans une piscine naturelle à l'eau chaude.
Le printemps arrive... au mois de juin. Le vert prend possession du paysage. Et puis le bleu des lupins semés pour fixer les sols sablonneux. Pour quelques mois, les moutons et les chevaux arpenteront librement ces espaces immobiles.
"Le coffre de Prasi est bien garni
Le plus grand glacier d'Europe est en Islande, c'est le Vatnajokull. De loin c'est une masse grise qui barre le paysage. De prés, il faudra y passer une journée pour répertorier les nuances des couleurs : les bleus de la glace, les noirs de la cendre accumulée lors des éruptions volcaniques, les rouges de la roche mère rabotée par l'avancée du glacier et le gris de la mer dans laquelle les blocs de glace finissent leur vie.
Souvent, il faut quitter la route 1, la seule qui est goudronnée et s'enfoncer sur des pistes interminables. Quelquefois une maison égaye le paysage ou la tache plus verte de plantations qui tentent de retenir les sols de sable et de cendres. Si nous allons vers la côte, ce sont des falaises qui nous attendent. Dans l'autre direction, les montagnes, les glaciers, les coulées de lave recouvertes de lichen. Personne... rarement quelques moutons, quelques chevaux qui s’attroupent pour résister au vent glacial. Au loin l'Hekla, volcan qui se réveille tous les dix ans et dont nous ferons l'ascension . Une voiture de police est stationnée au bord de la piste ; le conducteur déploie sa carcasse et une tasse de café à la main nous apprend que la route est coupée par un torrent de boue . Nous ne passerons pas. Il nous faudra faire un détour et rouler un peu plus longtemps sur cette tôle ondulée, avec un œil dans le rétro pour vérifier si nous ne laissons pas quelques morceaux de la voiture dans le fossé.
Un petit conseil: avant que d'attaquer les pistes de l'intérieur du pays, dégonflez les pneus de votre véhicule. Fort heureusement, les Islandais sont d'excellents mécaniciens et en quelques heures nous reprendrons la route...
A lire, à voir, à écouter:
(enfin, ce que j'en connais)
Romans : La cloche d'Islande Halldor Laxness, prix nobel de littérature, pour approcher ce qu'était la vie des Islandais
Du même auteur : le paradis retrouvé
Les fameuses sagas,bien sûr, traduites par Régis Boyer mais différentes versions existent.
le moindre des mondes de Sjon (Je crois qu'il a été parolier pour Bjork)
Nuits à Reikjavik de Thor Vihljalmsson : je m'y suis repris à deux fois pour le lire tant ça suinte le pessimisme, "taxi driver" à Reykjavik.
En BD, Thorgal pour appréhender le monde scandinave de l'an 1000.
Romans policiers : la collection des Erlendur, d'Arnaldur Indridason c'est noir, bien écrit, une autre vision de l'Islande, plus violente. De belles intrigues bien menées.
Egalement Arni Thorarinson : le temps de la sorcière, l'ange du matin.
Au cinéma : 101 Reykjavik, l'ennui de la jeunesse islandaise mais bien déjanté quand même
Noi albinoi
Musique: le choix est large : Bjork bien sûr, mais aussi en vrac Of monster and men, Asgeir Trausti,
Sigur Ros, Gus Gus.


















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