Quelque part en Egypte...

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mercredi 17 février 2016

El Hierro l'île des Bienheureux. janvier février 2016

(A notre ami Rubèn qui a su nous faire partager la beauté de son île )




D'abord le silence, celui de la montagne sous le ciel du soir, une petite maison perdue parmi les figuiers de barbarie qui envahissent doucement les vieilles terrasses, un grand pin perché de l'autre côté du ravin ; le soleil descend doucement. Et avant qu'il ne disparaisse complètement, les oiseaux lancent un dernier chant.


Pour arriver là, il faut marcher. À partir du village d'El Pinar. C'est drôle d'habiter au bout d'un chemin impraticable en voiture ; le moindre aller -retour est réfléchi : pas de choses superflues, c'est lourd !

N'importe comment, sur cette île, peu de superflu. En témoigne la recherche constante, de tout temps, par ses habitants de ressource en eau, si rare, si précieuse. 
La moindre pluie est récupérée par un système de chenaux se déversant dans des citernes souterraines. Des toits des maisons, des rues aux pentes étudiées, tout converge vers un but : récupérer l'eau. Peu de source sur l'île -quelques « fuente » souvent à sec- le sol est volcanique et ne retient pas l'eau.

L'arbre sacré du Garoé est l'exemple de cette recherche :

Au fond d'un vallée qui draine les brouillards venus de l'océan, les feuilles de ce tilleul pouvaient garder suffisamment d'eau pour les familles Bimbaches qui la recueillaient dans des citernes creusées dans le sol. Ainsi des dizaines de m3 étaient stockés là. Les Bimbaches en avaient fait un lieu saint.

Si vous empruntez aujourd'hui la ruta de agua, vous trouverez, disséminés dans la nature ces réservoirs si précieux pour ce peuple d'éleveurs.

les Bimbaches, les premiers habitants de l'île, seraient d'origine berbère.

 Ils auraient donné le nom à l'île (herro voulant dire citerne en bimbache) .

 Arrivés il y a 2000 ans, pour certains, poussés par des guerres sur le sol africain, pour d'autres amenés par les Phéniciens pour coloniser ce bout de rocher et récolter l'orchilla, un lichen qui pousse sur les falaises de l'île et qui sert en teinture, donc encore plus tôt ? Mystère...
d'autres historiens les apparentent aux celtes. D'autre encore aux CroMagnon. 

  En tout cas les pétroglyphes qu'ils ont laissés, gravés sur les rochers contiennent des signes que les Touaregs d'aujourd'hui savent lire.
Les guanches de Ténerife, eux ne savent pas écrire. Il est plausible que des habitants de la colonie phénicienne de Carthage soient arrivés là.



Peuple de bergers, chasseurs, cueilleurs, pécheurs, ils vivaient dans des grottes fort nombreuses sur cette île volcanique. Quelques cultures, les ressources de la nature, l'hiver sur les côtes, l'été dans la montagne. Les archéologues estiment cette population à 700 individus.


 Nous nous sommes reposés au Togaror monument primitif, lieu de réunion. En tout cas, comme souvent, le lieu est magnifique : surplombant la mer et laissant le regard s'en aller très loin .



Sur le même bout de terre (270 km2 = 1/25 de la Drôme) en suivant les chemins de randos, on passe des forêts de pins immenses à la désolation des coulées de lave, de la Laurie sylve (forêt de lauriers et de bruyères arborescentes)  aux plages de sables noirs, toujours avec une curiosité en éveil qui fait presser le pas pour découvrir du nouveau au prochain tournant.

Et c'est ce qui fait la particularité de l'île. De sa côte escarpée où se fracassent les vagues de la mer Océane luttant contre les falaises de basalte, des genévriers torturés par le vent du plateau de la Dehesa qui se courbent jusqu'à terre. Et l'on regarde avec respect ces vieillards qui luttent encore et toujours contre les éléments .
Ici tout est question de lutte : de la petite plante qui pointera la tête entre deux blocs de lave aux carrés de céréales résistant à la sécheresse. Et puis soudain en se rapprochant de la côte nord, un paysage d'Irlande ; des murs en pierres sèches délimitant des parcelles où paissent des moutons. .


Promenade dans l'histoire du monde à La Restinga c'est le bout sud de l'île : des roches volcaniques jusque dans la mer, de la lave torturée qui s'enroule sur elle même, qui coule sur des roches encore plus chaudes et qui rencontrent l'océan qui fige le mouvement de ce magma et vous marchez là en imaginant ce moment du début du monde. 



Pourtant toujours d'actualité puisqu'en 2011 au même endroit un volcan sous marin s'est réveillé remontant de 700m à 80m au dessous du niveau de la mer. Panique, évacuation de cette partie de l'île et puis le coquin s'est calmé... jusqu'à la prochaine fois.

L'ouest de l'île propose encore un paysage différent puisque cette partie s'est effondrée il y a...longtemps (300 000 ans) provoquant un tsunami dont on trouve des traces jusqu'aux States (un peu d'anglais ne peut pas nuire à la qualité de l'écrit). A la place, aujourd'hui, c'est une grande plaine couverte de bananiers et d'ananiers -enfin des trucs qui donnent des ananas.

Et c'est là que l'on a pu assister à la venue des carneros.
Vêtus de peaux de moutons, portant à la ceinture, sur l'avant, des cloches (vous voyez la symbolique...) ils parcourent la ville attrapant des gens et les enduisant d'une sorte de cirage. Le paroxysme est atteint lorsqu'ils coincent une jeune fille, la couchent par terre, la chevauchent (vous voyez toujours la symbolique… ) et la noircissent. Intéressant. C'est la panique de partout, ça court dans tous les coins et il te faut une heure de nettoyage à la fin de la fête.



L'île autonome en énergie 

Ce petit territoire démontre qu'aujourd'hui, à cette échelle, le 100 % renouvelable est possible. Cinq éoliennes(11Mw) fournissent l'électricité pour les 6000 habitants. Avec le surplus, on va remonter de l'eau vers un réservoir en altitude que l'on relâchera dans une conduite forcée vers des turbines qui ainsi vont fournir l'électricité pour les jours sans vent. Ce système non seulement fournit toute l'énergie nécessaire mais permet aux autorités d'équiper en bornes électriques toute l'île et ainsi faire passer d'ici quelques années tous les véhicules en traction électrique. Les usines de désalinisation fonctionnent également avec cette énergie.
Moralité : 6000 tonnes de fuel économisées par an et de l'argent en moins pour daesch.
Rajoutons à cela la récupération des huiles pour faire du carburant, la classification à la demande des habitants en réserve de la biosphère, 
l'augmentation importante des surfaces de culture en bio. Tout cela porté par une tradition de travail en coopérative, des mouvements politiques et citoyens très actifs.


Partie pratique :
comment préparer son voyage ? Débrouillez vous : la préparation c'est déjà le voyage.
Petit lexique : ''Una cana por favor"qui peut se traduire par « une tit' mousse s'iou plaît »
matériel nécessaire : une bonne paire de godasses et un maillot de bain.
Combien de temps? nous on a passé trois semaines là-bas et on n'a pas tout vu, tout ressenti
spécialitésle fromage fumé, le gofio (céréales grillées), les figues


Après avoir lu cet article surtout n'en parlez à personne il y a vraiment très peu de touristes à El Hierro et encore moins de béton. En tout cas, les autorités sont très vigilantes sur ce point ; plusieurs projets ont été refusés. -pourvu que ça dure -

Photos: Chantal






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