El
Hierro l'île des Bienheureux. janvier février 2016
(A
notre ami Rubèn qui a su nous faire
partager la beauté de son île )
D'abord
le silence, celui de la montagne sous le ciel du soir, une petite
maison perdue parmi les figuiers de barbarie qui envahissent
doucement les vieilles terrasses, un grand pin perché de l'autre
côté du ravin ; le soleil descend doucement. Et avant qu'il
ne disparaisse complètement, les oiseaux lancent un dernier chant.
Pour
arriver là, il faut marcher. À partir du village d'El Pinar. C'est
drôle d'habiter au bout d'un chemin impraticable en voiture ;
le moindre aller -retour est réfléchi : pas de choses
superflues, c'est lourd !
N'importe
comment, sur cette île, peu de superflu. En témoigne la recherche
constante, de tout temps, par ses habitants de ressource en eau, si
rare, si précieuse.
La moindre pluie est récupérée par un
système de chenaux se déversant dans des citernes souterraines.
Des toits des maisons, des rues aux pentes étudiées, tout converge
vers un but : récupérer l'eau. Peu de source sur l'île -quelques « fuente » souvent à sec- le sol est volcanique
et ne retient pas l'eau.
L'arbre
sacré du Garoé est l'exemple de cette recherche :
Au fond d'un
vallée qui draine les brouillards venus de l'océan, les feuilles de
ce tilleul pouvaient garder suffisamment d'eau pour les familles
Bimbaches qui la recueillaient dans des citernes creusées dans le
sol. Ainsi des dizaines de m3 étaient stockés là. Les Bimbaches en
avaient fait un lieu saint.
Si
vous empruntez aujourd'hui la ruta de agua, vous trouverez, disséminés dans la nature ces réservoirs si précieux pour ce
peuple d'éleveurs.
les
Bimbaches, les premiers habitants de l'île, seraient d'origine
berbère.
Ils auraient donné le nom à l'île (herro voulant dire
citerne en bimbache) .
Arrivés il y a 2000 ans, pour certains, poussés par des guerres sur le sol africain, pour d'autres amenés
par les Phéniciens pour coloniser ce bout de rocher et récolter
l'orchilla, un lichen qui pousse sur les falaises de l'île et qui
sert en teinture, donc encore plus tôt ? Mystère...
d'autres
historiens les apparentent aux celtes. D'autre
encore aux CroMagnon.
En
tout cas les pétroglyphes qu'ils ont laissés, gravés sur les
rochers contiennent des signes que les Touaregs d'aujourd'hui savent
lire.
Les guanches de Ténerife, eux ne savent pas écrire. Il
est plausible que des habitants de la colonie phénicienne de
Carthage soient arrivés là.
Peuple
de bergers, chasseurs, cueilleurs, pécheurs, ils vivaient dans des
grottes fort nombreuses sur cette île volcanique. Quelques cultures,
les ressources de la nature, l'hiver sur les côtes, l'été dans
la montagne. Les
archéologues estiment cette
population à
700 individus.
Nous nous sommes reposés au Togaror monument
primitif, lieu de réunion. En
tout cas, comme souvent, le lieu est magnifique : surplombant
la mer et laissant le regard s'en aller très loin .
Sur
le même bout de terre (270 km2 = 1/25 de la Drôme)
en
suivant les chemins de randos, on passe des forêts de pins immenses
à la désolation des coulées de lave, de la Laurie sylve (forêt de lauriers et de bruyères arborescentes)
aux plages de sables noirs, toujours avec une curiosité en éveil
qui fait presser le pas pour découvrir du nouveau au prochain
tournant.
Et
c'est ce qui fait la particularité de l'île. De
sa côte escarpée où se fracassent les vagues de la mer Océane
luttant contre les falaises de basalte,
des genévriers torturés par le vent du plateau de la Dehesa qui se
courbent jusqu'à terre. Et
l'on
regarde avec respect ces vieillards
qui
luttent encore et toujours contre
les éléments .
Ici tout est question de lutte : de la petite plante qui
pointera la tête entre deux blocs de lave aux carrés de céréales
résistant à la sécheresse. Et
puis soudain
en se rapprochant de la côte
nord, un paysage d'Irlande ; des murs en pierres sèches
délimitant
des parcelles où paissent des moutons. .
Promenade
dans l'histoire du monde à La Restinga
c'est le bout sud de l'île : des roches volcaniques jusque
dans la mer, de la lave torturée qui s'enroule sur elle même, qui
coule sur des roches encore plus chaudes et qui rencontrent l'océan qui
fige le mouvement de ce magma et vous marchez là en imaginant ce
moment du début du monde.
Pourtant
toujours
d'actualité puisqu'en 2011 au même endroit un volcan sous marin
s'est réveillé remontant
de 700m à 80m au dessous du niveau de la mer. Panique,
évacuation
de cette partie de l'île et puis le coquin s'est calmé... jusqu'à
la prochaine fois.
L'ouest
de l'île
propose encore un paysage différent puisque cette
partie
s'est effondrée il y a...longtemps (300 000 ans) provoquant un tsunami dont on
trouve des traces jusqu'aux States (un peu d'anglais ne peut pas
nuire à la qualité de l'écrit). A
la place, aujourd'hui, c'est
une grande plaine couverte de bananiers et d'ananiers -enfin des
trucs qui donnent des ananas.
Et
c'est là que l'on a pu assister à la venue des carneros.
Vêtus
de peaux de moutons, portant à la ceinture, sur l'avant, des cloches
(vous voyez la symbolique...) ils parcourent la ville attrapant des
gens et les enduisant
d'une sorte de cirage. Le
paroxysme
est atteint lorsqu'ils coincent une jeune fille, la couchent par
terre, la chevauchent (vous voyez toujours la symbolique… ) et la
noircissent. Intéressant.
C'est la panique de partout, ça court dans tous les coins et il te
faut une heure de nettoyage à la fin de la fête.
L'île
autonome en énergie
Ce petit territoire démontre qu'aujourd'hui, à cette
échelle, le 100 % renouvelable est possible. Cinq
éoliennes(11Mw) fournissent l'électricité pour les 6000 habitants.
Avec
le surplus, on va remonter de l'eau vers un réservoir en altitude
que l'on relâchera dans une conduite forcée vers des turbines qui
ainsi vont fournir l'électricité pour les jours sans vent. Ce
système non seulement fournit
toute l'énergie nécessaire mais permet aux autorités d'équiper en
bornes électriques
toute l'île et ainsi faire passer d'ici quelques années tous les
véhicules en traction électrique. Les
usines de désalinisation fonctionnent également avec cette énergie.
Moralité : 6000 tonnes de fuel économisées par an et de l'argent en moins pour
daesch.
Rajoutons
à cela la récupération des huiles pour faire du carburant, la
classification à la demande des habitants en réserve de la
biosphère,
l'augmentation importante des surfaces de culture en bio. Tout
cela porté par
une
tradition de travail en coopérative, des mouvements politiques et
citoyens très actifs.
Partie
pratique :
comment
préparer son voyage ?
Débrouillez vous : la préparation c'est déjà le voyage.
Petit
lexique : ''Una
cana por favor"qui peut se traduire par « une tit'
mousse s'iou plaît »
matériel
nécessaire :
une bonne paire de godasses et un maillot de bain.
Combien
de temps? nous
on a passé trois semaines là-bas et on n'a pas tout vu, tout ressenti
spécialités : le
fromage fumé, le gofio (céréales grillées), les figues
Après
avoir lu cet article surtout n'en parlez à personne il y a vraiment
très peu de touristes à El Hierro et encore moins de béton. En
tout cas, les autorités sont très vigilantes sur ce point ;
plusieurs projets ont été refusés.
-pourvu que ça dure -


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