Quelque part en Egypte...

Quelque part en Egypte...

mercredi 19 novembre 2014

Pérou,pisco et coca


Pérou, pisco et coca...
Il y a très longtemps, sur les rives du lac Titicaca, apparut un homme barbu appuyé sur un grand bâton, il s'appelait Viracocha. Comme il se sentait seul au bord de cette grande étendue d'eau, il décida de créer le monde. Il commanda donc au soleil d'apparaître à l'horizon puis à la lune et aux étoiles. Ce qui fut fait. Puis à l'aide de l'argile qui tapissait le fond du lac, il modela des silhouettes de terre toutes différentes ; il y avait des hommes et des femmes qui allaient devenir les tribus du Pérou. Les prenant dans sa main, il leur transmit le souffle de la vie. Quand ceci fut fait, il leur donna à chacun un langage différent, les nourrit avec du maïs et les envoya aux quatre coins de l'horizon.







Amantani au milieu du lac Titicaca


Le Pérou, c'est d'abord des visages avec en commun un sourire pour vous accueillir. Le langage n'étant pas toujours bien compris, un sourire sert d' introduction à la rencontre. Puis ce sera la visite de la maison du jardin,  la présentation des enfants, des anciens,  prélude à notre installation dans ces petites maisons d'adobe recouvertes de tôles qui ont l'air si fragiles dans ce pays de tremblements de terre. Puis la vie reprend : les femmes préparent le repas souvent sur une simple gazinière quelquefois, encore, sur les vieux fours en terre. Dehors le jour est tombé et les petites ampoules alimentées par des capteurs solaires suffisent à éclairer la conversation qui à force de gestes et de photos montrées plus trois mots d'Espagnol, continue jusqu'à tard dans la nuit.



D'abord, prononçons correctement : Titi Kar'ka -ce qui en Aymara veut dire rocher du Puma-
La légende dit que (il y a longtemps) les hommes vivaient ici tranquilles, pépères... Tout était possible sauf de gravir la montagne où les dieux faisaient la sieste. Évidemment le diable les tenta en leur promettant de trouver là haut le secret du feu. Et ce qui devait arriver arriva, les hommes escaladèrent le mont et ... se firent dévorer par des pumas. Les dieux attristés se mirent à pleurer tant et tant qu'ils inondèrent la vallée qui devint lac. Heureusement un couple réussit à s'échapper et firent tout ce qui était en leur pouvoir pour repeupler le pays.
Et ils ont bien travaillé parce qu'aujourd'hui il y a 30 millions de Péruviens.
Des petites maisons au toit de tôle rouge, séparées par des jardins ocres en ce moment de l'année. Le maïs sort à peine de terre mêlé aux fèves. Tout ceci étagé sur les flancs de la montagne et un labyrinthe de chemins et d'escaliers relie tout ça.  Les habitants vous attendent au débarcadère pour vous mener chez eux. Ici les habitants fonctionnent en coopérative et les touristes sont répartis équitablement dans les familles.



Bon, ça c'est sur l'île d'Amantani  au milieu du lac Titicaca. En ville,  la vie est bien différente avec télé frigo et ordi... Mais toujours le sourire et le bonheur de recevoir, restent.


Dysneyworld  au bord du Lac Titicaca ou les îles flottantes

Les couleurs sont belles. Les habits des insulaires contrastent avec le doré des roseaux dont sont faits les radeaux sur lesquels les Uros construisent leurs maisons. Au péage (et oui, avant d'arriver , il faut montrer patte blanche) déjà , je ressens comme un petit air d'abattage touristique. Et nous voilà sur les îles que les documentaires du monde entier nous montrent comme authentiquement authentiques. Sauf que vos photos montreront en arrière plan une ribambelle de touristes (dont nous faisons partie) Nikon en bandoulière . Une touche de tradition avec l'explication débitée par cœur de la fabrication des radeaux et hop , visite d'une maison où l'on vous montre une télé et deux planches de contreplaqué parce qu'il n'y a rien d'autre à montrer. Une habitante authentiquement authentique vous montre les fabrications du lieu : bonnets, couvertures avec une fougue que ne nierait pas un trader sorti de HEC. Mais où sont donc les métiers à tisser ???

Je crois que c'est là le lieu qui m'a le plus déplu au Pérou. De retour d'Amantani,  nous repasserons près de ces îles, le soir : elles seront désertes : les habitants seront tous repartis vers Puno.  Allez donc voir ailleurs ; le Pérou déborde de lieux tellement plus chaleureux. Ne serait- ce que la traversée du lac d'abord dans les roselières  puis sur une eau complètement démontée où la seule question est : le bateau est-il assez solide ? Vive l'aventure !


Sicuani et Raq'chi
C'est la fête à Sicuani. L'occasion faisant le Péruvien, c'est souvent que c'est la fête. Là tous les villages et toutes les associations de la région se réunissent pour former un défilé des plus curieux. D'abord en costume traditionnel, musiciens et danseurs puis la police municipale (!!) qui danse en s'envoyant des bouteilles d'alcool derrière la cravate. Je ne vois qu'une explication : c'est pédagogique. Puis les associations de promotion de la santé . Et nous avons droit au char du cancer de la prostate, celui du sein et enfin fermant la marche un condom sur patte lance des préservatifs dans la foule. Et ça marche mieux que la télé car toute la ville et là à regarder et... à mettre dans sa poche le préservatif offert.


Nous logeons dans une maison entourée d'un grand jardin plein de fleurs, accueillis par une famille adorable efficace et consciente de son rôle. Le soir nous avons droit à un pachamanca :  repas traditionnel préparé dans un four construit en petites pierres volcanique pour l'occasion. De la viande, des patates, des fèves recouverts de terre. Tout cela cuira une heure avant que le four ne soit détruit et la nourriture savourée. Tout cela sous un ciel plein d'étoiles. (Mais où est donc la croix du Sud ?)
Et route vers Raq'chi dans un minibus qui a dépassé depuis longtemps l'âge de la retraite avec les bagages vaguement arrimés sur le toit. Mais le conducteur est tellement gentil...
Et voici Raq'chi, petit pueblo aux murs et aux rues de terre. 

Une porte s'ouvre et nous voilà dans une cour intérieure verdoyante accueillis par Sonia et sa famille . Nous nous tasserons dans la petite cuisine pour partager le repas servi avec tant d'attention. Puis ce sera une ballade dans les ruines incas qui entourent le village avec Alfredo qui parlera avec beaucoup d'enthousiasme des croyances de son peuple et nous offrirons quelques feuilles de coca à Pachamama tandis que le dieu soleil se couche derrière les collines ocres et or. Beau moment de partage. Merci à tous.

Légende de la coca par Dora Justiano de la Rocha
« Il existe une légende depuis des temps très anciens. Elle nous raconte que Khana Chuyma,  un sorcier entre les sages s’occupait du temple du soleil du Titicaca sacré. Avec révérence et très soigneusement, il accomplissait fièrement son travail. Khana, le grand devin au service de l’empereur inca a prédit un destin incertain : “des hommes blancs sont déjà en train de se rapprocher. Ils viennent de terres très lointaines. Ils s’apprêtent à piller les trésors cachés des quechuas et des aymaras”. Quel destin malheureux ! Il faut cacher les trésors du temple du soleil. Qu’il ne reste aucun vestige pour les âmes étrangères. Ces trésors seront sans danger dans le lac sacré de Titicaca. Qu’il garde pour lui tout cet or ! Connaissant les secrets de Khana Chuyma, les espagnols le cherchèrent partout et rapidement l’emprisonnèrent. Avides de richesse, ils lui firent subirent mille tourments. Fatigué de tant de cruauté, Khana leur donna de jolis filigranes. Pour Khana, cette singulière prévision fut un vrai martyr. Plus tard, il rêva de son Dieu Soleil, il lui apparut, irradiant derrière une montagne et il lui dit d’un ton résigné : “mon pouvoir ne peut rien contre ces dieux de blancs”. Secoué, Khana le supplia : “Mon Dieu, donne-moi une faveur, une faveur durable qui consolera mes frères de leurs douleurs et misères”. Et c’est alors que l’être supérieur des Andes leur donna cette grâce. Dans les hauteurs d’une montagne, très fatigué, le sorcier Khana,  écouta la voix du Dieu Soleil : “Regarde autour de toi ces petites plantes de feuilles vertes et ovales. Je les ai fait germer pour toi et c’est un miracle en ce jour. C’est de la coca, et ses feuilles donneront de la force à celui qui les mastiquera, elles endormiront la peine et calmeront la fatigue”. Khana retourna dans sa cabane, content du présage qu’il révéla aussitôt. Et dans le fond de la mine, quand le travail vous submergera, d’extraire des montagnes, l’or, l’argent et le cuivre et tant d’autres métaux précieux, alors mastiquez de la coca : vous supporterez la pénombre et la terreur qui domine dans ces bas-fonds. A l’inverse, si l’homme blanc en absorbe, il lui arrivera alors le contraire, il perdra la tête, il deviendra bête jusqu’à en devenir fou. Pour l’indien, ce sera le bien-être. Pour connaitre le futur, on jette les feuilles de coca au vent et elles tomberont en dessinant des formes et c’est ainsi que ce qui est obscur se clarifiera et l’esprit sera encouragé par des prédictions optimistes qui le conduiront sur le bon chemin”. Khana Chuyma en mourant, répéta ceci à ses frères : “cultivez avec beaucoup de soin cette plante merveilleuse qui nous a été léguée par notre Dieu Soleil, faites attention à ce qu’elle ne s’éteigne pas”.  Et le sorcier moribond soupira profondément. Ses frères Aymara étaient tristes que ce grand sorcier cesse de vivre. Ils le veillèrent pendant trois jours. Ils le pleurèrent avec beaucoup de douleur. Et sa tombe fut entourée des petites plantes de coca, qui poussèrent avec beaucoup de ferveur. Les Aymaras conversèrent beaucoup sur la coca et ses mystères, car autour d’eux, la verdure de la feuille les éblouissait. Ils la mastiquèrent et promirent de s’en occuper. Ainsi leur tristesse se dissipa et ils restèrent admiratifs devant la coca. Avec vénération et amour à l’immortel Khana, les habitants du lieu propagèrent les bienfaits de cette plante mystérieuse. Ils la cultivent depuis lors. Ils s’en servent comme médicament s’ils sont fatigués ou s’ils souffrent de quelques maux. »



La route entre Raq'chi et Cuzco ou ''El Zorro''

Et voici ''El Zorro'' le bus locco qui fonce sur la grande route, s’arrêtant de temps en temps pour enfourner passagers et bagages. Il coupe les virages, fonçant le long des précipices, attaque les montées pied au plancher et redescend au point mort, double sur les lignes jaunes (mais ça tout le monde le fait), trace sa route à coup de klaxon et d'appel de phares. Et le conducteur fait tout ça et plus puisqu'il mâchouille son repas en conduisant. Derrière, chacun s'accroche à ce qu'il peut pour tenir debout et la marchande de gelées multicolores passe imperturbable dans l'allée, vendre des confiseries qui en ont vu d'autres. Heureusement les images pieuses de tous les saints accrochées au rétroviseur nous protègent. ''Knocking on heaven's door''
Et l'on sortira de là les jambes un peu flageolantes mais avec la certitude d'avoir vécu un moment d'exception.
Sixto transporte nos bagages jusqu'à l'arrêt du bus


Les incontournables

Nazca et les îles Balestas :
En commun, on peut y voir les fameuses lignes gravées dans le sol : le candélabre à Balestas et à Nazca  (qu''il faut découvrir en avion) des lignes, des spirales mais aussi un singe, un oiseau mouche, un condor, un jaguar un ''astronaute'', une araignée... Beaucoup de théories, peu de certitudes : un calendrier astronomique ? un site chamanique ? un lieu de préparation des fils de trame des linceuls faits d'un seul fil ? aire d'atterrissage des extra terrestres ? Des marques pour retrouver les filets d'eau dans cette région si aride ? En tout cas ces dessins atteignent leur but : nous faire rêver et imaginer l'impossible.



Dans les îles Balestas, la seule question qui vient à l'esprit est : « Jusqu'à quand ce paradis pour animaux des mers sera t-il protégé ? »


Machu Picchu

Dernière étape, celle que l'on gardera dans la tête même si le site est terriblement fréquenté. Nous aurons la chance de monter à pied  -2 heures- de très bonne heure, vers ''la vieille montagne'', doucement, avec à chaque virage l'espoir de voir enfin les fameuses ruines et bien non, vous ne les verrez qu'en y arrivant. Le site est incroyable. Quel génie a su profiter avec autant de perfection du site naturel ? Profiter de la place somme toute assez étroite entre les montagnes, y placer les zones d'habitations, les temples sacrés et les étages de culture. Tout cela sans déplacer des tonnes de terre (enfin...) et en utilisant les pierres trouvées sur place ?
Place à Pablo Neruda :
« Machu Picchu est un voyage à la sérénité de l'âme, à la fusion éternelle avec le cosmos. Là bas nous sentons notre propre fragilité... Un havre de papillons à l'épicentre du grand cercle de la vie.
Un miracle de plus. »
Pour continuer le voyage encore plus, la montée jusqu'au Waina Picchu, deux heures de plus à se tirer à des câbles incertains et gravir des escaliers branlants . Mais en haut... « Quand tu arrives au sommet de la montagne, continue à monter » Waouh !!!


Le site de Moray et les salines de Maras


Les Incas sont vraiment de grands administrateurs. en quelques 130 ans , ils ont su unifier une ribambelle de peuples, construire un empire organisé et planifier l'agriculture pour tout ce petit monde (enfin manière de parler puisque l'empire incas mesurait   près de 4000km de long                  . Moray faisait partie de cette organisation là. Le nom vient de Aymoray -le maïs- ou de Moray -la patate- (3000 espèces de connues !!) Un amphithéâtre de terrasses qui en fait créent des microclimats  ce qui fait que les températures sont différentes de haut en bas et sur lesquelles nos braves incas faisaient pousser 250 plantes différentes. Ces terrasses suivent les courbes de niveau. Le site servait à acclimater de nouvelles espèces , produire de la semence mais aussi à prévoir les récoltes dans tout l'empire (Tahuartisuyu, si je ne m'abuse) 
Les salines de Maras sont toujours en activité. On y extrait du sel gemme par évaporation de quelques 4700 bassins appartenant à 350 familles c'est un sacré spectacle de voir les paludiers remonter lentement vers la route avec un sac de 50 kg sur le dos ! On ne peut pas leur en vouloir de tirer partie des touristes. 










A suivre...
Un grand merci à Jeimy,  qui représente si  bien l'avenir de son pays
à la famille Pacheco de Lima
à Patricia et Tomasa Salas alarcon d' Arequipa
à Anita et Soledad de Puno
à Rebecca de l'île d'Amantani
à Gerarda de Sicuani
à Sonia, Graziella et Sixto de Raq'chi
à Luisa de Cuzco et à Ilda de Lima










à la fine équipe de Vision du Monde...
(les manquants sont à l'arrière et poussent le minibus)











ainsi qu'à Hergé qui a donné envie de voyager  à toute une génération

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