Quelque part en Egypte...

Quelque part en Egypte...

dimanche 15 février 2015

                                 La Goméra,janvier -Février



Tout a commencé avec un concert de Feloche,  un soir d'hiver où il faisait très froid.

Outre le fait que sa musique nous a bien réchauffé le cœur par ces temps plus que troublés, elle nous a fait découvrir un petit bout de terre espagnole niché au large du Maroc où les gens tenaient conversation en sifflant et se déplaçaient en s'aidant d'un grand bâton . Il fallait voir ça.

Quelques jours plus tard et un billet d'avion en poche, après une nuit de transit sur l'île de Tenerife entre béton et golf, un ferry nous emmenait à San Sebastian « capitale » de l'île de La Goméra.

A la sortie du bateau, les passagers s'éparpillent dans la ville avec leur sac à dos et leurs grosses godasses. Car certains vient ici pour randonner, les autres pour regarder le temps passer.



On a donc fait les deux.








D 'abord le décor ou plutôt les décors. Des maisons de toutes les couleurs accrochées aux pentes, un peu partout des cactus (qui n'en sont pas) sortis directement d'un western, des terrasses qui suivent les courbes de niveau sur des kilomètres. Et tout en haut, le sommet de la montagne entouré d'un brouillard perpétuel.





La route (il y en a trois sur l'île, plus un flopée de pistes, chemins, sentiers qui, à pied ou en voiture, permettent de se rendre à peu près partout) nous conduit au nord, Hermigua , un village tout en longueur noyé dans les bananiers où l'océan martèle de ses rouleaux une plage de pierres noires. Là si vous marchez vers l'est, suivant les barancos (ravins) balisés c'est un paysage d'agaves de figuiers de barbarie, de petites maisons de bergers accrochées aux terrasses et tout en haut (oui, on grimpe beaucoup ici), une vue sur la mer avec au fond le Tede le volcan de Tenerife plus haut sommet d'Espagne couvert de neige ! À nos pieds, la petite plage de la Caléta avec le bistrot de Maria, ses chats, et son café.


Maintenant à Hermigua, si vous marchez vers le haut, vous arrivez vite dans la forêt  du parc national du Garajonay: arbres (des lauriers!!) couverts de lichen, fougères géantes et toujours cette respiration de la végétation, cette pluie fine pratiquement ininterrompue : la richesse de l'île puisqu'elle alimente arroyos et nappes phréatiques grâce auxquels les cultures plus bas seront irriguées. Pour arriver à El Cedro, et ses quelques maisons éparpillées dans le vert foncé du végétal , il y a le choix entre deux chemins :le premier passe par la montagne ; l'autre suit un tunnel de 700 m où l’on chemine avec de l'eau jusqu'aux genoux. Creusé de mains d'hommes, il permet d'amener l'eau d'une vallée à l'autre. Il y en a beaucoup comme ça ici: ne pas perdre un litre d'eau pour arroser les multitudes de jardins qui jusqu'au milieu du vingtième siècle assuraient la subsistance des habitants.





En redescendant, au centre d'Hermigua, s'arrêter manger au café Don Juan entre les joueurs de cartes et la télé qui braille, super accueil. D'ailleurs à la Goméra, on est partout bien reçu et tout le monde a toujours un petit geste ou une parole agréable habitants comme touristes.

Rando aux limites du ciel le plateau de la Merica dans le sud de l'île. Un parcours qui débute le long de falaises ocres, rouges torturées par les éruptions volcaniques entre rochers et chèvres plus ou moins en liberté. Puis au sommet, un plateau aride qui descend doucement vers la mer. La seule chose à faire c'est s'arrêter, se caler contre le mur d'une vieille bicoque écroulée et regarder. Le ciel la mer le soleil et loin après l'horizon, l'Amérique.



Par contre la descente vers La Caléra et Valle Gran Rey : bonjour les genoux!

La station balnéaire de Valle Gran Rey un peu trop peuplée à mon goût Bon ce n'est pas Saint Tropez (heureusement) mais combien de temps avant de voir des buildings pointer leurs tonnes de bétons ?

D'ailleurs nous rencontrerons en différents endroits ces projets mégalo de centres touristiques abandonnés, à moitié construits, qui fleurent bon la magouille financière et qui ne seront jamais terminés comme si toute l'île résistait.


Nous remonterons en stop vers notre point de départ, Arure, perdu dans le brouillard.

Changement de décor : direction à quelques km de San Sebastian, la vallée de La Laja avec ses petits villages et tout au long des cultures Manguiers, bananiers, des jardins. Nous logerons à la finca Tagumara à El Jorado petit oasis de tranquillité
De là les balades sont légions . D'abord à partir de La Laja ce n'est pas compliqué c'est au bout de la route. Le sentier traverse d'abord les petits jardins du village puis attaque la forêt de pins et d'eucalyptus vers la degollada de Agando avec vers le milieu un arrêt à la baraque écroulée de El Mango, histoire de profiter du paysage : pics volcaniques, barancos à perte de vue

 aussi des traces des incendies qui hélas ont ravagé cette partie de l'île. La suite de la rando se passera dans la brume habituelle à cette altitude jusqu’à  l’ermitage de Las Nieves puis le degollada de Peraza et son bar accroché au dessus du vide. De là un chemin de dalles nous ramène au point de départ. La rando à La Goméra c'est au bas mot 600m de montée souvent plus et des chemins qu'il ne faut pas prendre à la légère. Comme celui de la descente vers La Laja que la pluie aura rendu fortement glissant.

Demain repos avec pause café obligatoire sous les arbres géants de la place centrale de San Sebastian !

                                              Entracte : histoire (via Wikipédia)


Résumé chronologique
Année
Évènement
10 millions d'années avant J.-C.
Formation des îles Canaries.
3000 avant J.-C.
Premier peuplement des îles Canaries par plusieurs vagues d'immigration venues d'Afrique du Nord.
1100 avant J.-C.
Possible reconnaissance des îles Canaries par les Phéniciens au cours d'expéditions à but commercial.
500 - 200 avant J.-C.
Nouvelle vague d'immigration venue d'Afrique du Nord : fusion avec les populations aborigènes.
Ier siècle
Pline l'Ancien rapporte l'expédition du roi de Mauritanie Juba II vers les îles Canaries.
Le terme "Insula Canaria" est utilisé pour désigner l'île de Grande Canarie. D'autres sources témoignent d'une vraisemblable connaissance de l'existence de l'archipel et de ses habitants, les Guanches (Ovide dans les Métamorphoses).
IIe siècle
Sur la carte du monde de Ptolémée le méridien 0 passe par El Hierro
1312
Les îles Canaries sont re-découvertes par Lancelotto Malocello
1402 - 1406
Jean de Béthencourt conquiert les îles de LanzaroteFuerteventura et El Hierro pour le compte du roi de Castille. Il laisse un compte-rendu de ses voyages, Le Canarien, qui sert de base à la connaissance moderne des Guanches.
1435
Le pape Eugène IV publie l'encyclique Sicut Dudum condamnant l'esclavage pratiqué sur les Guanches.
1441
Le franciscain espagnol Didakus (Diego de Alcala), missionnaire à Fuerteventura y évangélise les Guanches.
1478 - 1483
Les Guanches de Grande Canarie sont vaincus et soumis.
1492
Alonso Fernández de Lugo commence la conquête de La Palma.
1493
Les tentatives de paix avec les Guanches de Tenerife échouent. Début de la campagne militaire espagnole contre les royaumes indigènes.
1494 - 1496
Alonso Fernández de Lugo débarque à Tenerife. Il subit le 31 mai 1494 à La Matanza une sévère défaite.
Le 25 décembre 1495, les Guanches sont finalement écrasés par les Espagnols à La Victoria. Tenerife est la dernière île à être soumise. La culture originale des Guanches est presque totalement anéantie.


Les Guanches seraient donc d'origine Berbère. Mais alors pourquoi se déplacer vers l'Ouest et franchir un bras de la mer océane?? Mystère. Peut-être l' éternelle rivalité entre peuples a poussé ces gens jusqu'à les obliger à s'embarquer. Peut-être aussi – mais ça c'est mon imagination- que voir le soleil disparaître tous les soirs à l'horizon vous donne envie d'aller voir là-bas ce qu'il se passe.


Ah oui aussi, Christophe Colomb y a débarqué avant sa traversée de grande mémoire grâce à laquelle nous connaissons aujourd'hui le coca cola et Mac donald . Pour y faire provision d'eau paraît-il mais il semblerait qu'il était fort intéressé par la femme du gouverneur.

                                                     -Fin de l'épisode historique.-

D'autres randos de barranco en villages de bergers hauts perchés : celui d'Imada que nous atteindrons à partir de la drôle station balnéaire de Playa de Santiago. C'est dans le haut de cette vallée que nous rencontrerons un paysan qui nous montrant d'un geste large la vallée dira « Tristessa ! » et de nous expliquer qu'il y a à peine 30 ans vivaient ici 150 personnes.
Aujourd'hui seulement 5 s'accrochent aux flancs de la montagne. Pourtant nombre de terrasses sont encore cultivées : les gens sont partis à la ville mais ont gardé les jardins familiaux.Le chemin de descente d'Imara à l'ermitage de Guarimial s’accroche à la falaise et nous surplombons tout un réseau de canaux taillés dans la roche ou construit en maçonnerie qui récolte le moindre filet d'eau et l'emmène plus bas vers les jardins et les villages.

Retour en France : on se caille, il neige -une neige noire de plomb- C'est le bordel en Ukraine et la maison est froide. Je regarde les photos de ce petit bout de terre au large de l'Afrique.






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