La Goméra,janvier -Février
Outre le fait que sa musique nous a bien réchauffé le cœur par ces temps plus que troublés, elle nous a fait découvrir un petit bout de terre espagnole niché au large du Maroc où les gens tenaient conversation en sifflant et se déplaçaient en s'aidant d'un grand bâton . Il fallait voir ça.
Quelques
jours plus tard et un billet d'avion en poche, après une nuit de
transit sur l'île de Tenerife entre béton et golf, un ferry nous
emmenait à San Sebastian « capitale » de l'île de La
Goméra.
A
la sortie du bateau, les passagers s'éparpillent dans la ville avec
leur sac à dos et leurs grosses godasses. Car certains vient ici
pour randonner, les autres pour regarder le temps passer.
On a donc fait les deux.
D 'abord le décor ou plutôt les décors. Des maisons de toutes les couleurs accrochées aux pentes, un peu partout des cactus (qui n'en sont pas) sortis directement d'un western, des terrasses qui suivent les courbes de niveau sur des kilomètres. Et tout en haut, le sommet de la montagne entouré d'un brouillard perpétuel.
La
route (il y en a trois sur l'île, plus un flopée de pistes,
chemins, sentiers qui, à pied ou en voiture, permettent de se rendre
à peu près partout) nous conduit au nord, Hermigua , un village
tout en longueur noyé dans les bananiers où l'océan martèle de
ses rouleaux une plage de pierres noires. Là si vous marchez vers
l'est, suivant les barancos (ravins) balisés c'est un paysage
d'agaves de figuiers de barbarie, de petites maisons de bergers
accrochées aux terrasses et tout en haut (oui, on grimpe beaucoup
ici), une vue sur la mer avec au fond le Tede le volcan de Tenerife
plus haut sommet d'Espagne couvert de neige ! À nos pieds, la
petite plage de la Caléta avec le bistrot de Maria, ses chats, et
son café.
Maintenant
à Hermigua, si vous marchez vers le haut, vous arrivez vite dans la
forêt du parc national du Garajonay: arbres (des lauriers!!)
couverts de lichen, fougères géantes et toujours cette respiration
de la végétation, cette pluie fine pratiquement ininterrompue :
la richesse de l'île puisqu'elle alimente arroyos et nappes
phréatiques grâce auxquels les cultures plus bas seront irriguées.
Pour arriver à El Cedro, et ses quelques maisons éparpillées dans
le vert foncé du végétal , il y a le choix entre deux chemins :le
premier passe par la montagne ; l'autre suit un tunnel de 700 m
où l’on chemine avec de l'eau jusqu'aux genoux. Creusé de mains
d'hommes, il permet d'amener l'eau d'une vallée à l'autre. Il y en
a beaucoup comme ça ici: ne pas perdre un litre d'eau pour arroser
les multitudes de jardins qui jusqu'au milieu du vingtième siècle
assuraient la subsistance des habitants.
En
redescendant, au centre d'Hermigua, s'arrêter manger au café Don
Juan entre les joueurs de cartes et la télé qui braille, super
accueil. D'ailleurs à la Goméra, on est partout bien reçu et tout
le monde a toujours un petit geste ou une parole agréable habitants
comme touristes.
Rando
aux limites du ciel le plateau de la Merica dans le sud de l'île.
Un parcours qui débute le long de falaises ocres, rouges torturées
par les éruptions volcaniques entre rochers et chèvres plus ou
moins en liberté. Puis au sommet, un plateau aride qui descend
doucement vers la mer. La seule chose à faire c'est s'arrêter, se
caler contre le mur d'une vieille bicoque écroulée et regarder. Le
ciel la mer le soleil et loin après l'horizon, l'Amérique.
Par
contre la descente vers La Caléra et Valle Gran Rey : bonjour
les genoux!
La
station balnéaire de Valle Gran Rey un peu trop peuplée à mon goût
Bon ce n'est pas Saint Tropez (heureusement) mais combien de temps
avant de voir des buildings pointer leurs tonnes de bétons ?
D'ailleurs
nous rencontrerons en différents endroits ces projets mégalo de
centres touristiques abandonnés, à moitié construits, qui fleurent
bon la magouille financière et qui ne seront jamais terminés comme
si toute l'île résistait.
Nous
remonterons en stop vers notre point de départ, Arure, perdu dans le
brouillard.
Changement
de décor : direction à quelques km de San Sebastian, la vallée de
La Laja avec ses petits villages et tout au long des cultures
Manguiers, bananiers, des jardins. Nous logerons à la finca
Tagumara à El Jorado petit oasis de tranquillité
De là les balades sont légions . D'abord à partir de La Laja ce n'est pas compliqué c'est au bout de la route. Le sentier traverse d'abord les petits jardins du village puis attaque la forêt de pins et d'eucalyptus vers la degollada de Agando avec vers le milieu un arrêt à la baraque écroulée de El Mango, histoire de profiter du paysage : pics volcaniques, barancos à perte de vue
De là les balades sont légions . D'abord à partir de La Laja ce n'est pas compliqué c'est au bout de la route. Le sentier traverse d'abord les petits jardins du village puis attaque la forêt de pins et d'eucalyptus vers la degollada de Agando avec vers le milieu un arrêt à la baraque écroulée de El Mango, histoire de profiter du paysage : pics volcaniques, barancos à perte de vue
aussi des traces des incendies
qui hélas ont ravagé cette partie de l'île. La suite de la rando
se passera dans la brume habituelle à cette altitude jusqu’à l’ermitage de Las Nieves puis le degollada de Peraza et son bar accroché au dessus du vide. De là un chemin de dalles nous ramène
au point de départ. La rando à La Goméra c'est au bas mot 600m de
montée souvent plus et des chemins qu'il ne faut pas prendre à la
légère. Comme celui de la descente vers La Laja que la pluie aura
rendu fortement glissant.
Demain
repos avec pause café obligatoire sous les arbres géants de la
place centrale de San Sebastian !
Entracte : histoire (via Wikipédia)
Résumé
chronologique
Année
|
Évènement
|
10
millions d'années avant J.-C.
|
Formation
des îles Canaries.
|
3000
avant J.-C.
|
Premier
peuplement des îles Canaries par plusieurs vagues d'immigration
venues d'Afrique du Nord.
|
1100
avant J.-C.
|
Possible
reconnaissance des îles Canaries par les Phéniciens au
cours d'expéditions à but commercial.
|
500
- 200 avant J.-C.
|
Nouvelle
vague d'immigration venue d'Afrique du Nord : fusion avec les
populations aborigènes.
|
Ier siècle
|
Le
terme "Insula Canaria" est utilisé pour désigner l'île
de Grande
Canarie.
D'autres sources témoignent d'une vraisemblable connaissance de
l'existence de l'archipel et de ses habitants, les Guanches
(Ovide dans les
Métamorphoses).
|
IIe siècle
|
|
1312
|
Les
îles Canaries sont re-découvertes par Lancelotto
Malocello
|
1402
- 1406
|
Jean
de Béthencourt conquiert
les îles de Lanzarote, Fuerteventura et El
Hierro pour
le compte du roi de Castille. Il laisse un compte-rendu de ses
voyages, Le
Canarien,
qui sert de base à la connaissance moderne des Guanches.
|
1435
|
|
1441
|
Le
franciscain espagnol Didakus (Diego
de Alcala),
missionnaire à Fuerteventura y évangélise les Guanches.
|
1478
- 1483
|
|
1492
|
|
1493
|
Les
tentatives de paix avec les Guanches de Tenerife échouent.
Début de la campagne militaire espagnole contre les royaumes
indigènes.
|
1494
- 1496
|
Alonso
Fernández de Lugo débarque
à Tenerife.
Il subit le 31
mai 1494 à La
Matanza une
sévère défaite.
Le 25
décembre 1495,
les Guanches sont finalement écrasés par les Espagnols à La
Victoria.
Tenerife est la dernière île à être soumise. La culture
originale des Guanches est presque totalement anéantie.
|
Les
Guanches seraient donc d'origine Berbère. Mais alors pourquoi se
déplacer vers l'Ouest et franchir un bras de la mer océane??
Mystère. Peut-être l' éternelle rivalité entre peuples a poussé
ces gens jusqu'à les obliger à s'embarquer. Peut-être aussi –
mais ça c'est mon imagination- que voir le soleil disparaître tous
les soirs à l'horizon vous donne envie d'aller voir là-bas ce qu'il
se passe.
Ah
oui aussi, Christophe Colomb y a débarqué avant sa traversée de
grande mémoire grâce à laquelle nous connaissons aujourd'hui le
coca cola et Mac donald . Pour y faire provision d'eau paraît-il
mais il semblerait qu'il était fort intéressé par la femme du
gouverneur.
-Fin
de l'épisode historique.-
D'autres
randos de barranco en villages de bergers hauts perchés :
celui d'Imada que nous atteindrons à partir de la drôle station
balnéaire de Playa de Santiago. C'est dans le haut de cette vallée
que nous rencontrerons un paysan qui nous montrant d'un geste large
la vallée dira « Tristessa ! » et de nous expliquer
qu'il y a à peine 30 ans vivaient ici 150 personnes.
Aujourd'hui seulement 5 s'accrochent aux flancs de la montagne. Pourtant nombre de terrasses sont encore cultivées : les gens sont partis à la ville mais ont gardé les jardins familiaux.Le chemin de descente d'Imara à l'ermitage de Guarimial s’accroche à la falaise et nous surplombons tout un réseau de canaux taillés dans la roche ou construit en maçonnerie qui récolte le moindre filet d'eau et l'emmène plus bas vers les jardins et les villages.
Aujourd'hui seulement 5 s'accrochent aux flancs de la montagne. Pourtant nombre de terrasses sont encore cultivées : les gens sont partis à la ville mais ont gardé les jardins familiaux.Le chemin de descente d'Imara à l'ermitage de Guarimial s’accroche à la falaise et nous surplombons tout un réseau de canaux taillés dans la roche ou construit en maçonnerie qui récolte le moindre filet d'eau et l'emmène plus bas vers les jardins et les villages.
Retour
en France : on se caille, il neige -une neige noire de plomb-
C'est le bordel en Ukraine et la maison est froide. Je regarde les
photos de ce petit bout de terre au large de l'Afrique.




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