ROUMANIE Mai-Juin 2016
Longue course à
travers l'Italie, la Croatie, la Serbie avant d'arriver dans le pays.
Le passage par les Portes de fer où le Danube se fraie un passage
entre de grandes falaises calcaires, nous fait vite oublier
l'autoroute que nous suivons depuis la frontière française avec son
monde à part, pour nous plonger dans la verdure et la lumière de ce
début de printemps.
Les énormes péniches remontent péniblement le fleuve, presque un lac, tant il est large en amont des Portes.
Les énormes péniches remontent péniblement le fleuve, presque un lac, tant il est large en amont des Portes.
Le passage de la
frontière, épisode surréaliste : la guérite des gabelous
étant perdue dans un fatras de voitures immatriculées dans tous les
pays et rouillant là faute de papiers en règle ou d'absence de
pourboires pour les douaniers.
Sur un mur (directive européenne oblige) un grand panneau assure que la Roumanie lutte contre la corruption.
Il est tard et nous nous arrêtons à Baile Herculane où l'on continue dans l'improbable. Lieu de bains chauds connu depuis l'époque romaine, où des immeubles plus ou moins déserts voisinent avec de grands hôtels XIX siècle qui furent luxueux. Nous nous enfonçons dans des gorges pour trouver un lieu où passer la nuit et là le spectacle est autre : cahutes de « massage », piscines naturelles , médecine pour roumains pauvres oubliés du système de santé, dormant dans leur voiture et allant aux bains dans la journée. L'ambiance est bon enfant et nous allons aux bains nous aussi !
Sur un mur (directive européenne oblige) un grand panneau assure que la Roumanie lutte contre la corruption.
Il est tard et nous nous arrêtons à Baile Herculane où l'on continue dans l'improbable. Lieu de bains chauds connu depuis l'époque romaine, où des immeubles plus ou moins déserts voisinent avec de grands hôtels XIX siècle qui furent luxueux. Nous nous enfonçons dans des gorges pour trouver un lieu où passer la nuit et là le spectacle est autre : cahutes de « massage », piscines naturelles , médecine pour roumains pauvres oubliés du système de santé, dormant dans leur voiture et allant aux bains dans la journée. L'ambiance est bon enfant et nous allons aux bains nous aussi !
Direction la mer
noire et Constanta pour un repos sur la plage après trois jours de
traversée de l'Europe.
Constanta est à
l'image du pays, mélange d'époques et d'influences diverses qui
d'emblée montre la Roumanie comme un carrefour entre orient et
Europe, Empire romain et ottoman, Socialisme de l'URSS et Marché
européen. Sur le port, un casino aux dimensions mégalomaniaques n'en
finit pas de s'écrouler. Il parait qu'il sera bientôt restauré.
C'est dimanche, les rues sont pleines de familles qui profitent des
petits restau. Le front de mer aménagé en promenade propose glaces, musique et un prétexte à sortir la dernière BMW importée
d'Allemagne. Sur la place centrale des bandes de jeunes interprètent
des chorégraphies sur du disco de grande surface en riant, ce qui ne
devait pas être le cas lors des manifestations imposées par
Ceausescu. Tout autour de la ville, les grands hôtels et les
résidences privées fleurissent implantés par les groupes d'Europe
de l'Ouest. La Russie et ses nouveaux riches n'est pas loin !!!
Un peu plus loin le canal Danube-Mer Noire, censé booster les
échanges commerciaux aura surtout été un projet démesuré où
laisseront leur vie nombre d'opposants au régime. Au sud de la ville
de petits villages sont maintenant bétonnés d'une façon quelque
peu anarchique.
Nous remontons
tranquillement vers le nord et le delta du Danube, réserve de la
biosphère, en nous arrêtant pour visiter la cité romaine d' Histria
perdue dans les roseraies.
Nous voici dans le petit village de Murighiol, chez Roméo le businessman qui nous fera découvrir le delta par les petits canaux perdus et les cabanes de pécheurs qui vivent encore là au milieu de mangroves, d'îles. Dans ce dédale de passages, que les bateaux plus gros ne peuvent emprunter, Roméo est à l'aise avec sa petite barque. Il connaît les lieux où se posent les oiseaux. Il nous montrera le bras Sulina, ouvert aux cargos, avec ses entrepôts autant délabrés que les bateaux rouillés jusqu'à la moelle qui remontent le fleuve battant pavillon panaméen, russe, ukrainien. On remplit le réservoir de notre barque à un de ces multiples postes de ravitaillement éparpillés dans tout le delta. Qui n'a pas vu Roméo manipuler des litres d'essence cigarette au bec ne connaît rien de la vie !
Nous voici dans le petit village de Murighiol, chez Roméo le businessman qui nous fera découvrir le delta par les petits canaux perdus et les cabanes de pécheurs qui vivent encore là au milieu de mangroves, d'îles. Dans ce dédale de passages, que les bateaux plus gros ne peuvent emprunter, Roméo est à l'aise avec sa petite barque. Il connaît les lieux où se posent les oiseaux. Il nous montrera le bras Sulina, ouvert aux cargos, avec ses entrepôts autant délabrés que les bateaux rouillés jusqu'à la moelle qui remontent le fleuve battant pavillon panaméen, russe, ukrainien. On remplit le réservoir de notre barque à un de ces multiples postes de ravitaillement éparpillés dans tout le delta. Qui n'a pas vu Roméo manipuler des litres d'essence cigarette au bec ne connaît rien de la vie !
Côté oiseaux
pélicans, avocettes, aigrettes, cygnes, tadornes, pluviers, aigles, balbuzards. Côté végétaux : nénuphars, lentilles, houblon, clématites, lierre, saules, frênes, chênes. Le delta, lieu sauvage
sera au cours de l'histoire un refuge pour des russes Lipovènes -question de religion-Beaucoup d'habitants du coin ont les yeux bleus.
Nous naviguerons jusqu'au bout du fleuve là où il se jette dans la
mer noire.Direction le pays d'en haut : la Bucovine.
Au nord de la
Roumanie, c'est un pays de montagnes, de paysans et de monastères, de
villages pleins de couleurs et de fleurs. Un paysage très doux, des
prairies, des maisons avec leurs potagers. Les volailles qui se
baladent, les vaches qui s'enfilent des tonnes d'herbe verte. Bref un
style de vie particulier basé sur une multitude d'activités : élevage, transformation des produits de la ferme et de la nature (le
miel de Bucovine !!), de l'accueil.
Passons sur les
monastères, peints sur les murs extérieurs c'est très beau, mais on
ne peut pas s'empêcher de regarder avec nos yeux de laïques ces
lieux de résistance à toute loi parlant de contraception, d'homosexualité, d'avortement… tant le poids du clergé orthodoxe
est lourd en Roumanie. Alors visitons Sucevita, Voronet, Humor avec
les yeux de celui qui regarde une œuvre d'art. Comme disait, je ne
sais plus qui, « on vous laisse croire, laissez nous penser ».
Les villages, eux, sont des lieux de vie en communion avec la nature, rubans de maisons le long de la route. Chacune, fleurie avec son potager et ses animaux qui pâturent, maisons douillettes le tas de bois prêt pour l'hiver, les tapis qu'on sort pour les aérer les jours de soleil, les habitats qui partent aux champs, faux ou binette sur l'épaule. Car ici tout se fait à la main : les foins que l'on met à sécher sur des claies, les patates que l'on bine en famille. Peu d'engins agricoles : quelques moto-faucheuses et surtout les charrettes tirées par des chevaux. Il faudra attendre d'arriver dans les grandes plaines autour du Danube pour voir des tracteurs souvent énormes, des champs à perte de vue (biocarburant oblige ! Enfin bio c'est un autre débat...) des avions qui balancent des pesticides. Mais en Bucovine, on est loin de tout ça. Encore pour quelques années. Mais le progrès et les normes de Bruxelles arrivent au grand galop. Les villages se dépeuplent, on part travailler en Europe de l'ouest.
Fort heureusement des jeunes et des moins jeunes s'accrochent à leur mode de vie et inventent de nouvelles manières de produire en commun. Nous pouvons d’ailleurs nous demander de quel droit nous européens de l'ouest imposons notre mode de vie à ces régions, miroir aux alouettes d'un monde qui refuse la différence...
Les villages, eux, sont des lieux de vie en communion avec la nature, rubans de maisons le long de la route. Chacune, fleurie avec son potager et ses animaux qui pâturent, maisons douillettes le tas de bois prêt pour l'hiver, les tapis qu'on sort pour les aérer les jours de soleil, les habitats qui partent aux champs, faux ou binette sur l'épaule. Car ici tout se fait à la main : les foins que l'on met à sécher sur des claies, les patates que l'on bine en famille. Peu d'engins agricoles : quelques moto-faucheuses et surtout les charrettes tirées par des chevaux. Il faudra attendre d'arriver dans les grandes plaines autour du Danube pour voir des tracteurs souvent énormes, des champs à perte de vue (biocarburant oblige ! Enfin bio c'est un autre débat...) des avions qui balancent des pesticides. Mais en Bucovine, on est loin de tout ça. Encore pour quelques années. Mais le progrès et les normes de Bruxelles arrivent au grand galop. Les villages se dépeuplent, on part travailler en Europe de l'ouest.
Fort heureusement des jeunes et des moins jeunes s'accrochent à leur mode de vie et inventent de nouvelles manières de produire en commun. Nous pouvons d’ailleurs nous demander de quel droit nous européens de l'ouest imposons notre mode de vie à ces régions, miroir aux alouettes d'un monde qui refuse la différence...
Il est temps de
parler des routes de Roumanie. Comment dirais-je ? C'est sportif. Pas un moment de répit entre l'état des routes où l'on a oublié
de mettre du goudron entre les trous et le style de conduite -en
particulier des camions- qui doublent n'importe où, sans aucune
visibilité. C'est une tension permanente.
Fort heureusement les petites routes sont peu fréquentées. Par contre en ville nous avons à apprendre des Roumains qui respectent les limitations de vitesse et s'arrêtent systématiquement pour laisser passer les piétons.
Quant aux jours de pluie, la conduite devient encore plus difficile : de grandes flaques masquent nids de poules et dénivelés dans le revêtement. Dans chaque village, s'installent de petites échoppes qui réparent les pneus. Sans compter les croix qui jalonnent le bord des routes à chaque lieu d'accident. Sympa ! Mais bon cela n'enlève rien à la beauté des paysages traversés et à l'accueil des gens.
Fort heureusement les petites routes sont peu fréquentées. Par contre en ville nous avons à apprendre des Roumains qui respectent les limitations de vitesse et s'arrêtent systématiquement pour laisser passer les piétons.
Quant aux jours de pluie, la conduite devient encore plus difficile : de grandes flaques masquent nids de poules et dénivelés dans le revêtement. Dans chaque village, s'installent de petites échoppes qui réparent les pneus. Sans compter les croix qui jalonnent le bord des routes à chaque lieu d'accident. Sympa ! Mais bon cela n'enlève rien à la beauté des paysages traversés et à l'accueil des gens.
Le Maramures
Le paysage s'ouvre un peu plus sur des collines douces couvertes de prés ou de bois. La frontière ukrainienne n'est pas loin. Les villages sont construits autour de l'église en bois dont certaines ont bien traversé les siècles.
Le jour de marché c'est l'affluence autour des étalages de fromage (ça ne vaut pas le picodon), de ferblantiers, de marchands de légumes, de fruits et… de produits ménagers roses verts bleus importés discrètement d'Ukraine. Les gens portent le costume traditionnel plein de couleurs pour les femmes Pour les hommes, une espèce de petit chapeau en paille trois fois trop petit pour leur tour de tête. Hélas! Là aussi le progrès se radine. On vend les vieilles maisons en bois pour les remplacer par des maisons immenses en parpaing et toit de tôle, jamais finies. Ce sont là des investissements faits par ceux qui partent travailler ailleurs. On montre qu'on a de l'argent en construisant un truc démesuré. On y installe les grands parents qui gardent les enfants pendant que papa et maman vont travailler en Allemagne ou en France. Vus les salaires roumains ça se comprend. Là aussi des gens résistent et inventent des solutions pour rester au pays et y vivre décemment.
Le paysage s'ouvre un peu plus sur des collines douces couvertes de prés ou de bois. La frontière ukrainienne n'est pas loin. Les villages sont construits autour de l'église en bois dont certaines ont bien traversé les siècles.
Le jour de marché c'est l'affluence autour des étalages de fromage (ça ne vaut pas le picodon), de ferblantiers, de marchands de légumes, de fruits et… de produits ménagers roses verts bleus importés discrètement d'Ukraine. Les gens portent le costume traditionnel plein de couleurs pour les femmes Pour les hommes, une espèce de petit chapeau en paille trois fois trop petit pour leur tour de tête. Hélas! Là aussi le progrès se radine. On vend les vieilles maisons en bois pour les remplacer par des maisons immenses en parpaing et toit de tôle, jamais finies. Ce sont là des investissements faits par ceux qui partent travailler ailleurs. On montre qu'on a de l'argent en construisant un truc démesuré. On y installe les grands parents qui gardent les enfants pendant que papa et maman vont travailler en Allemagne ou en France. Vus les salaires roumains ça se comprend. Là aussi des gens résistent et inventent des solutions pour rester au pays et y vivre décemment.
Nous terminerons ce voyage par les monts Apuseni . Sans doute la partie la plus difficile d’accès de la Roumanie, puisqu' à partir de Cluj Napoca, il nous faudra suivre des routes fort étroites -même carrément minimales- pour traverser le massif calcaire Tara Molitor. Pâturages, forêts, dolines, grottes, gorges, plateaux d'altitude à peine parsemés de cabanes de bergers. C'est une région de révoltes paysannes. Il faut suivre les petites routes tranquillement, ne pas hésiter à traverser des ponts inquiétants, enjambant des rivières aux eaux limpides, s'arrêter boire un coup à l'épicerie-bar-artisanat du coin pour cerner la vie difficile de ces régions à 1300m d'altitude. Paradisiaques pour les passants, dures pour ceux qui y habitent. Mais là aussi le touriste est bien accueilli et chacun vend sa production : miel, herbes médicinales, artisanat en bois, tissages.

Accueil, transformation des produits de la ferme, artisanat, tourisme, se développent petit à petit. Espérons que l'arrivée dans l'Union européenne, depuis 2007, ne soit pas synonyme de chemin tout tracé et d'adaptation forcée mais que les Roumains trouvent leurs propres réponses.








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