Quelque part en Egypte...

Quelque part en Egypte...

jeudi 23 août 2018


Galice, Juin-Juillet 2018


Deuxième partie de notre découverte de l'Espagne atlantique, direction : la Galice.
L'océan, son eau (fraîche) qui nous suivra pendant tout le périple tant sa présence, son immensité explique le paysage, l'histoire, le présent de cette portion peu fréquentée de l'Espagne. Les falaises succèdent aux criques de sable blanc, les rias où l'on ne sait si c'est le fleuve qui se jette dans la mer ou si c'est la mer qui gagne du terrain en remontant dans les terres. Région montagneuse, où le vert et le bleu dominent : vert des forêts d'eucalyptus, de pins, de châtaigniers, de chênes. Bleu du ciel et de l'eau. On peut le matin suivre un ruisseau de bassin d'eau limpide en cascade glacée puis l'après midi, farniente sur une plage déserte avec le bruit des vagues en colère ce jour-mêlé aux  cris des goélands.


La première partie du voyage s'effectuera le long de la côte reprenant la route où nous l'avions laissée à l'automne à Ribadéo, sur la mer Cantabrique,  pour nous retrouver un mois plus tard proche de la frontière portugaise. Auparavant nous serons passés par la vallée de Boi dans les Pyrénées qui mérite un petit article supplémentaire.

Revenons à la Galice. A notre habitude, nous nous laissons guider par les découvertes, les rencontres, les coups de cœur. Et tout cela ne manque pas en Galice : petits ports de pêche, criques accueillantes et désertes.  Nous ne sommes pas en Bretagne comme beaucoup le sous entendent.  Zut ! Pourquoi vouloir à tout prix comparer ? la Galice : c'est la Galice ! Ouvrons les yeux et admirons ce bout de terre et tout ce qu'il nous offre.

Bon,  direction Rinlo,  la route des plages,  Os castros et les cathédrales avec arrêt pour le repas au "Royal Coca Cola", restaurant ouvrier du bord de route où un serveur en chemise blanche et nœud papillon vous sert un plat de frites 80 % d'huile 20 % de patates. Mais j'adore l'ambiance de ce genre d'endroit où se croisent routiers, représentants, ouvriers et touristes...  le tout dans une cacophonie toute espagnole avec en sus la télé qui braille !




La route étroite borde les falaises et les plages sont accessibles par des escaliers et seulement à marée basse et là ce sont de grandes étendues de sable blanc à parcourir seul, tranquille,  un œil sur le paysage,  un œil sur l'océan dont on ne sait jamais s'il monte ou s'il descend.  La plage d'Os Castros avec ses chandelles de rochers qui forment un labyrinthe tantôt au soleil tantôt à l'ombre dans lequel il faut se perdre pour pouvoir admirer les variations de couleur des roches :  du gris au noir, du sienne au rouge, du jaune à l'ocre et les tas de bestiares (mot drômois qui signifie bestioles mais avec une légère pointe de dégoût) qui vivent là : crabes, patelles, huîtres, moules et les fameux pousse-pieds,  fierté de la Galice avec les poulpes pour ceux qui aiment goûter les produits de la mer.

Si Os Castros est déserte,  il n'en est pas de même de la plage des cathédrales, rendez vous de tous les voyages organisés.  Mais bon :  tout le monde va à droite,  nous allons à gauche pour une balade que nous devrons écourter et terminer chaussures à la main,  pantalons retroussés ! Là aussi d'énormes blocs de roches qu'un Gargantua des origines a posé sur le sable.
 Après le rouge et le noir des falaises, le vert des champs alentours paraît encore plus vert. Nuit dans une crique à Porto de Barquero sous les eucalyptus face à une mer agitée en compagnie d'un autre fourgon.

La pointe de Estaca de Barrès : une toute petite route qui nous mènera au phare le plus au nord du coin, une lande de fougères et d'ajoncs entourée de falaises. Promenade sur un chemin de terre.  Hélas les militaires ont cru bon de coller ici un casernement de béton rongé par les embruns et le vent.  Certes aujourd'hui abandonné mais qui gâche le paysage. Nous préférons poursuivre jusqu'au cap suivant, le cap Ortegal, cul de sac difficile d’accès mais quelle nuit face à l'océan fichtrement en colère et les goélands qui nichent dans les rochers !

Le lendemain nous visiterons San Andres de Teixido, lieu de pèlerinage donc ex voto en cire et Jésus en plâtre garantis à tous les étages (ou plus exactement en pâte à sel spécialité du coin)  Passons...
 Par contre, la route est superbe : fougères, pins façonnés par le vent,  chevaux en liberté et quelques brujas  (sorcières ) qui apparaissent dans la brume au détour de la route ; enfin me semble t-il !

Direction la superbe plage de Frouxeira et le petit village de Valdovino longue randonnée d'abord vers le village puis retour par la plage. Tentative de baignade -température de l'eau dissuasive- le lendemain, sur la plage de Christinia. Et balade dans les dunes avec ramassage de coquillages à gober.



De plus en plus de construction : nous approchons de la Corogne que nous évitons en nous perdant dans un lacis de petites routes.  C'est la fin de semaine et les Espagnols sont de sortie : beaucoup de monde sur les routes et dans les campings. Nous en trouvons un (vidange oblige) qui a connu ses heures de gloire il y a fort longtemps ; archi plein tout de même mais bon pour une nuit c'est parfait. Visite de la très belle ville tranquille de Betanzos
Tous les restos sont bondés,  les familles ont sorti les beaux vêtements et la grand-mère.  Promenade sur la place centrale où les gens s'interpellent, discutent avec force gestes, musiciens, gaita et tambours,  randonneurs transpirants (nous sommes sur un des chemins qui mènent à Santiago de Compostella). Nous pousserons quelques km au cap San Adrian, passer la nuit.

Nous continuons entre pierres et mer. C'est la région des castros celtes mais aussi des églises romanes comme celle de Mens aux sculptures très suggestives... les tailleurs de pierres du moyen-âge s'éloignaient souvent des canons de la bienséance de l’Église !!
Quelques km plus loin c'est le castro celte de Borneiro du 3ème siècle sur un promontoire facile à défendre, entouré d'une zone agricole, le sauna où toute personne qui arrivait au village devait passer pour un rite purificateur, enfin les habitations circulaires regroupées au centre.

Digression académique :

Vers la fin de la préhistoire, à l'âge du Fer, l'être humain décida d'abandonner sa vie itinérante pour s'établir dans des hameaux de plus ou moins grande importance. C'est ainsi que sont apparus les castros ou villages fortifiés celtes du nord-ouest de l'Espagne, dont certains ont même survécu après l'arrivée des romains. (spainisculture.com)


Décidément la zone est riche puisque nous arrivons à Dombate et son dolmen (fort bien préservé et présenté sous un bâtiment spacieux et lumineux)
Nous aurons le lieu pour nous seuls après les explications d'une historienne qui nous fait un cours fort intéressant sur la symbolique du cercle et du labyrinthe : le plan du dolmen avec ses cercles de pierres au centre desquels se trouve la chambre funéraire, d'après elle en étant un exemple précis. Nuit sur une plage secoués par le vent en tout et pour tout deux camping-cars ! Le lendemain,  ascension de la montagne du coin par un petit sentier dans les ajoncs. Vue imprenable sur l'océan, la Costa del Morte (en hommage aux naufrageurs qui les soirs de gros temps, agitaient des lumignons faisant croire ainsi aux navires qu'il y avait là un port pour se mettre à l'abri. Las, il n'y avait que des récifs sur lesquels les bateaux se fracassaient et il n'y avait plus qu'à piller l'épave) et la petite ville de Laxe.
Passage à Camarinas et Camelle, port de pêche qui garde les traces de l'ermite local, sculpteur allemand qui a parsemé la côte de statues naïves. Cet homme s'était retiré là pour profiter de l'océan , de sa pureté quasi mystique, pas de chance un pétrolier passant par là -le Prestige- anéantira pour quelques décennies la faune la flore les rochers causant la plus grave marée noire d'Espagne. Notre brave ermite en mourra de tristesse.



Arrivée à Muxia, fin de la Ruta Jacobéa où j'étais arrivé en 2015 lors de ma rando le long de la Via de la Plata (la route de l'argent)  à partir de Séville. Ce petit village bien tranquille n'a pas changé. Quelques marcheurs qui vont jusqu'à la pointe extrême : la Virgen de la Barca, face à l'océan bien calme ce jour ce qui n'est pas toujours le cas... On peut  passer sous une pierre pour voir réaliser ses vœux ou s'asseoir sur la pierre de la fécondité, reste d'un site mégalithique. Mélange des genres, les cultures se rencontrent, se complètent et disparaissent et quelque chose de nouveau prend le relais. On dort sur une petite plage avec guinguette, seven up et quelques camping-cars.

Quelques jours de repos à Fisterra, autre lieu d'importance : on dit qu'ici les terribles légionnaires romains furent pris de panique en voyant le soleil disparaître à l'horizon,  croyant à la fin du monde !


La Galice des pierres... Pierres levées, gravées, construites, c'est ce qu'on va trouver tout le long du voyage tant ce bout du monde qu'était la Galice a été peuplé de peuples qui ont marqué leur passage. Donc départ vers Louro où nous cherchons un bon moment nos premiers pétroglyphes.



Digression académique :

Un pétroglyphe est un dessin symbolique gravé sur de la pierre (surface rocheuse à l'état naturel). Le terme provient des mots latins petros pour pierre et grecs glyphein pour gravure. Un pétroglyphe  n'est donc pas un pictogramme - qui raconte chronologiquement une histoire - ni de l'Art pariétal - qui est une peinture à même la roche des parois de grottes -
Ces images ont une profonde signification culturelle et religieuse pour les sociétés qui les ont créées ; dans de nombreux cas, cette signification a été conservée par leur descendants. On pense que de nombreux pétroglyphes représentent une forme de langage symbolique ou rituel qui n'est pas encore bien compris. Ces dessins peuvent avoir plusieurs significations culturelles et religieuses profondes pour ces sociétés.

Nous les découvrons comme souvent sur un promontoire avec un panorama à couper le souffle (si, si) vue à 360 degrés le regard porte très loin. Là, les femmes et les hommes de l'âge de pierre y ont gravé ce qui serait selon les chercheurs un calendrier lunaire qui tomberait d'après eux sur une année de 365 jours, pas mal pour l'époque ! On retrouve aussi là les sempiternelles spirales et autres cercles concentriques .

Nous connaissions déjà les sites du Suède Tanunshede, de la vallée des Merveilles, de la vallée de la Coa au Portugal, dans les Canaries puisque ce genre de gravures se trouve dans toute l'Europe ainsi que sur les autres continents. 

Retour à notre époque. Baignade et criée aux poissons à Muros puis nous prenons de la hauteur pour chercher un peu de fraîcheur dans les forêts d'eucalyptus du mont San Joan.

Toujours dans le registre pierres, le castro celte de Barona sur un promontoire rocheux entouré de l'océan : un lieu magique... On y arrive en suivant l'antique voie dallée qui butte contre les murailles qui entourent les maisons circulaires. Facile à défendre ! Des champs alentour pour les cultures, un endroit bien choisi. Je me pose la question de l'approvisionnement en eau potable ? Plus tard après la visite de Noia et sa cathédrale aux superbes sculptures des apôtres au visage féminin, ce sera les pétroglyphes de Porto do Son, surtout des cerfs .

De nouveau un cap, le cap Corrubedo au bout de la lagune de Carregal et ses plages immenses bordées d'une dune de sable blanc. Rando d'abord le long de la dune puis vers le dolmen d'Axeitos très élégant avec ses pierres fines qui soutiennent une énorme dalle, tout ça au milieu d'une chênaie. L'ensemble mérite un arrêt de deux jours.



Journée pétroglyphes d'abord, la pedra de las Cabras, difficile à trouver, deux chèvres de plus d'un mètre de hauteur, gravées sous un rocher, d'autres sites moins lisibles le long de la route toujours des spirales. Et enfin le parc archéologique de Campo Laneiro, alors là des pétroglyphes, il y en a partout, bien visibles, des grands, des petits, des figuratifs, d'autres bien mystérieux. Des spirales, des animaux, des armes (?)...  essai d'explications dans le musée attenant .



Il est temps de penser au retour via Sarria, Samos, un monastère bénédictin lugubre où trône la photo de Franco No comment... Triacastella, Alto do Pozo, Ocebreiro autoroute pour randonneurs vers Compostelle... Nous, c'est direction le massif d'Os Ancarès, paumés complet (les routes ne sont même pas répertoriées sur notre carte) on y va au pif, restant grosso modo sur une direction nord-est !!! On rencontre un allemand paniqué parce que son GPS est muet ! Mais alors quels paysages... forêts à perte de vue, schistes, chênes, châtaigniers, genets, les Cévennes en encore plus désert sur deux jours nous croiserons cinq véhicules puis arrivée sur les hauts plateaux, ce sont des alpages et enfin ce que nous cherchions les fameuses palloza !

Ces maisons circulaires aux murs de granit et aux toits coniques de chaumes. Dans un hameau Piornello, le propriétaire nous ouvrira les portes de ces étonnants bâtiments hérités du passé Celte.

De nouveau, le labyrinthe des routes de la sierra de Ancarès. Nous n'avons pas l'impression d'avancer tant les routes font des tours et des détours et sont de plus en plus étroites. Ces paysages termineront bien ce voyage finalement bien dépaysant.

Puis c'est le retour à la civilisation via Salime et son barrage que j'avais déjà croisé sur le camino primitivo l'an dernier, l'autoroute de la côte : Santander, Bilbao, Pampelona et la frontière au col du Somport.



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