Via de la Plata : un chemin bien tranquille !
Loin des foules du Camino Fances, loin des auberges surpeuplées, des punaises et autres joyeusetés, peut-être plus difficile, plus exigeant, la Via de la Plata vous attend. Avec ses 1000 km de Séville à Santiago, à travers l'Andalousie, L’Estrémadure, la Castille et Léon et enfin la Galice, cette voie déploie des paysages toujours changeants. Des vergers d'agrumes aux grandes plaines céréalières en passant par les plateaux semi désertiques et le vert de la forêt galicienne, le regard toujours portera loin.
C'est un chemin d'histoire ou plutôt d'histoires puisque on y côtoie le monde romain, le monde arabe puis la chrétienté tant ce ruban qui traverse l'Espagne du sud au nord servira tantôt de voie d'échange tantôt de voie d'invasion. Son nom vient de l'Arabe Balata qui veut dire chemin pavé, caillouteux allusion à la voie romaine que le camino suit régulièrement. Cette voie romaine dont les vestiges parsèment le parcours : là, une borne milliaire, ici un pont qui encore aujourd'hui permet le passage des rios plus ou moins secs, ailleurs des pavés qui gardent la trace des mauvais charrois qui l'ont empruntée.
Et puis l'histoire avance et ce trajet verra passer les invasions barbares, Arabes jusqu'aux armées de la Reconquista qui auront grand soin de détruire les marques des civilisations précédentes. D'ailleurs, tout au long, les statues de saint jacques de l'épée, le saint jacques matamore -celui qui tue les Maures- seront présentes. Personnage peu sympathique, je lui préfère le Jacques qui marche avec son bâton et ses guenilles !
Pourquoi partir sur ce chemin ?
J'avais beaucoup apprécié sur le Camino Francès, la Méséta entre Burgos et Léon. Ailleurs une autre fois, la voie aragonaise entre le col du Somport et Puente la Reina ou en Pays Basque, le Vasco del interior. Tous traversent des paysages infinis, des espaces larges et hauts, ce sont des chemins où l'on voit loin .
Sur la Plata, je n'ai pas été déçu. Combien de fois un village apparaît à l'horizon, espoir d'une étape bientôt terminée et d'une bonne douche. Hélas le temps passe et le village ne se rapproche pas ! Enfin il faut savoir ce que l'on veut ! C 'est sans doute pour ça que la quasi totalité des marcheurs rencontrés n'en sont pas à leur coup d'essai : tous ont déjà parcouru d'autres camino.
Mais il n'y a pas que ça... Sur ce chemin c'est peut-être une philosophie différente qui se fait jour : beaucoup de solitude lors de la marche, ce qui m'allait bien à ce moment. La nature y est belle et le silence ne pèse pas. Les autres chemins que j'ai pu parcourir -la voie du Puy ou d'Arles, le camino Frances...- sont plutôt à ce jour des chemins de rencontres, d'échanges. Bien sûr, on trouve cela aussi sur la Plata, le soir à l'auberge.
Mais la journée peut passer sans rencontrer âme qui vive. D'ailleurs, entre le village de départ et celui d'arrivée, souvent, il n'y aura pas grand chose, voire rien du tout ! Le petit café de 10 h : raté ! Il faudra partir avec le sandwich et beaucoup de litres d'eau...
Suivre les flèches jaunes est un travail à temps complet. Suffisantes sur le parcours, doublées de balises différentes suivant les provinces, Il faut tout de même être vigilant car quelquefois effacées, gribouillées. Le chemin est également perturbé par de grands travaux plus ou moins arrêtés faute de moyens financiers mais fort heureusement les baliseurs espagnols veillent et finalement il y aura peu d'endroits qui poseront problème.
Les auberges sont en nombre suffisant même si quelquefois il est difficile de doser la longueur des étapes, trop courtes ou trop longues. Mais cela change et de nombreux villages construisent de nouvelles structures. Quelquefois de belles surprises : auberges avec piscine (si, si ). Toujours propres, souvent avec des hospitaliers efficaces qui vous parleront du chemin, du village, de la vie dans ces lieux qui semblent si désolés et qu'ils aiment.
Ne pas hésiter à les solliciter pour avoir des renseignements précis sur la suite du périple.
On peut déplorer à certains endroits un racolage à l'entrée du village de la part des aubergistes privés. Mais bon, au mois de septembre, vu le nombre limité de pèlerins (entre trois et quinze pour ce qui me concerne ), on peut comprendre...
Donc la place dans les hébergements n'est pas un problème. Ce qui permettra de prendre son temps en route pour visiter ou piquer une petite sieste sous un arbre (quand il y en a) pendant les fortes chaleurs. Par contre, il est difficile de trouver un repas avant 21h ; donc adaptons nous à l'heure espagnole. Le desayuno par contre ne posera pas problème tant les bistrots ouvrent tôt et ce sera café con leche et tostadas en regardant la télé omniprésente.
A ce propos, petite digression puisque, pendant que je marchais pour mon plaisir, carte bleue en poche, d'autres venus de Syrie marchaient pour leur survie, leur avenir et celui de leurs enfants dans des conditions terribles. Image de notre monde, de ses contradictions et de notre égoïsme. Les discours sur la signification du chemin paraissent bien dérisoires -Ou prennent-elles toute leur signification ?-
La chaleur c'est une des difficultés du chemin. J'ai d'ailleurs trouvé une nouvelle utilisation à mon parapluie qui a beaucoup servi de parasol !!! Profitons des heures du grand matin car à partir de 12h c'est l'enfer. Enfin il ne faut pas exagérer mais la chaleur m'a été très pénible et m'a poussé à sauter les étapes de la grande plaine, après Salamanque,en train.
Chacun son chemin puisque ce choix me permettra de poursuivre après Santiago jusqu'à Muxia où je m'étais promis d'aller jeter un caillou dans l'océan puis de continuer jusqu'à Fisterra et son cap extrême. Après les rudes plaines brûlées de l’Estrémadure ou de la Castille, l'arrivée en Galice sera un repos pour le corps et les yeux. Voir enfin du vert après des jours et des jours en jaune.
Tout au long s'égrainent de tout petits villages -quelquefois à peine deux ou trois maisons- mais où l'accueil sera à la hauteur de la fatigue des pèlerins. Merci au bistrotier de l'Embalse de Proserpina qui m'offrit un coca alors que le thermomètre frisait les 40°C ! à l'aubergiste de l'Arco de Caparra qui est venu me chercher alors que j'étais perdu au milieu de la pampa. Merci à Anna Léna, hospitalière d'Aljucen et à celui de Réal de la Jara, à la soupe aux lentilles de Fuente Aventura, à l'accueil incroyable de La Calzada de Béjar et tant d'autres...
N'oublions pas les belles villes traversées ;
Séville, d'abord où je passerai une agréable soirée dans Triana, le quartier populaire.
A mon habitude, je quitterai vite Santiago et je tirerai la route vers Muxia où un brave hospitalier me fournira la compostellane de fin de chemin, à mes yeux plus importante que celle de Santiago.
Encore une journée de marche et voici Fisterra où j'arriverai après avoir suivi le chemin côtier dans les eucalyptus (salut à Pedro du camino, sculpteur voyageur) et puis ce cap final où aujourd'hui encore des pèlerins brûlent leurs habits (c'est Quechua qui doit être content, la nature un peu moins)
Pour ma part je me suis assis et j'ai simplement regardé l'océan. Ultreia




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