Quelque part en Egypte...

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samedi 27 novembre 2021

Quel est le rapport entre Ken Loach et les phoques ???

 La baie de Somme bien sûr.


Rien que la présence de ce grand et modeste réalisateur nous a décidés d'aller dans ce coin de France qui paraît-il est gris et arrosé. Que nenni !  je suis tombé amoureux de ces paysages plats où le regard et l'esprit se perdent avec bonheur.

Bon commençons par le commencement : "Cinémondes" le festival de cinéma de Berck sur mer. Au programme : une rétrospective quasi complète des films d'Agnès Varda, et la présence de Madame Dominique Cabrera

et de Monsieur Ken Loach. 

Deux personnes qui se plieront avec verve et passion aux questions des spectateurs, parlant de leur œuvre, des difficultés et anecdotes des tournages. Donc une semaine à s'avachir dans un fauteuil devant le grand écran à regarder ces pépites trop méconnues du public et cerise sur le gâteau pas mal de ces films n'existent qu'en 35mm. II a donc fallu trouver un projecteur et allant avec un projectionniste mais quel bonheur que le bruit  des dents qui entraînent la pellicule et ce grain inimitable que le numérique nous a fait oublié. Ne parlons pas de la respiration suspendue au changement de bobine !

D'abord, les 25 films d'Agnès Varda dont "Les glaneurs la glaneuse" bien sûr, "Daguerréotypes", "Elsa la Rose", "l'une chante l'autre pas", "Sans toit ni loi" et quelques courts : "T'as de beaux escaliers tu sais", "Black Panthers", "Réponses de femmes", "Salut les cubains", "Uncle Yanko" 

"j'ai les yeux curieux" disait Agnès Varda.  Elle a surtout l'amour des gens ; ceux qu'elle filme et au travers d'eux tout un monde.  Ceux qu'elle appelle "les vrais gens" et face à ses films on se souvient de la réplique d'un de ses personnages : "ne pense pas, regarde". Des films qu'on se souvient avoir vu il y a longtemps et qui jalonnent l'histoire de ces 40 dernières années.



 Ken Loach .
Voilà un bonhomme (je devrais écrire bon homme) de plus de 85 ans, oscarisé en maintes reprises et qui vient dans ce petit festival parler de ses regrets et de ses espoirs. Bouleversant. Il nous parle des erreurs du passé dans "Le vent se lève" où il filme la révolution irlandaise, des drames d'aujourd'hui dans "Sorry we miss you" (l'ubérisation de l'emploi) ou dans "The Navigators" (la privatisation des chemins de fer) où il déroule toujours entre documentaire et fiction une critique juste et jamais pleurnicharde de la période Thatcher et de la mondialisation, donnant la parole aux laissés pour compte, aux déshérités. 
"La caméra est un témoin" dit-il. Ses personnages ? Souvent des acteurs non professionnels qui simplement jouent devant la caméra leur propre rôle : "Cathy come home" l'histoire d'un femme qui tente de sauvegarder sa famille tombée dans le cycle chômage, pauvreté, marginalisation ; "Lady bird" le combat d'une mère pour reprendre  ses enfants placés.

Ken Loach montre simplement ce que nous nous refusons à voir.



Dominique Cabrera partage ce regard sur notre monde.  Sans faire de discours ni donner de leçon, elle nous met en immersion dans la vie. 

Deux films sur son histoire d'exilée d'Algérie : "Ici là-bas" et "Rester là-bas", "chronique d'une banlieue ordinaire"  et l'admirable "une poste à La Courneuve " où l'on vient chercher les allocs qui permettront de vivre quelques temps. "Nadia et le hippopotames" suit les piquets de grève pendant l'hiver 1995 (superbe Ariane Ascaride) et enfin "Corniche Kennedy" filmé à Marseille dans lequel elle met en scène des jeunes qui plongent du haut de la corniche "pour vivre plus fort".



et enfin un grand bravo à "La Traversée" de Florence Miailhe présenté en ouverture.  Film d'animation dont les images sont peintes sur des plaques de verre et qui raconte l'histoire de deux enfants sur les routes de l'exil sur un scénario de Marie Despleschin 


Et voilà. Tout a une fin, après ces superbes rencontres, c'est tranquillement que nous ferons  un peu de tourisme dans la région et irons voir nos amis, les phoques de la baie de Somme.

Le phoque ou éloge de la sieste


C'est en se baladant le long de la plage à Berck que nous nous sommes  littéralement trouvés nez à museau avec une centaine de ces braves mammifères marins que l'on dit craintifs !

Ils se tenaient sur un reposoir de sable à une vingtaine de mètres des promeneurs, profitant du chaud soleil de cette fin d'automne, faisant le plein de calories ce qui leur permettra de résister à la température de l'eau qui bientôt recouvrira leur refuge 


 Puis il faudra bien aller au turbin et chercher quelques dizaines de kilos de poisson à manger. 

En attendant, c'est sieste pour tout le monde et il nous a suffi  de s'asseoir sans bruit ni geste brusque pour observer veaux marins et phoques gris pratiquant leur sport favori : le farniente.


 Si le travail bien fait est source de joie, la paresse savourée ne l'est pas moins, nos braves phoques qui n'ont à ma connaissance pas lu Cavanna, pratiquent cet art raffiné, ce summum de l'hédonisme : se dorer le lard au soleil.

et puis la marée montant inexorablement, il faudra bien retourner à l'eau non sans prendre pendant quelques minutes le soleil en pratiquant la position dite de la banane. Nous resterons deux bonnes heures à savourer le spectacle 




Après cela,  une visite au parc du Mercanterre en bord de baie.

  Réserve d'oiseaux souvent migrateurs qui trouvent là un espace où se reposer, quelquefois nicher. Spatules blanches avec leur bec si particulier, des grèbes huppés ou castagneux (j'ai révisé), des grands cormorans, des hérons, des aigrettes, mon préféré : le tadorne de Belon (à cause du nom et des couleurs), des canards en pagaille de toutes les sortes, des fuligules et des sarcelles plus un tas de piafs dont je n'ai pas retenu le nom. Ils trouvent là une zone protégée riche en nourriture et pauvre en chasseurs on a essayé d'y introduire le mouflon corse (comprenne qui peut) mais celui ci a moyennement apprécié le côté salé des prés et pâturages. Nous y passerons la journée de poste d'observation en poste d'observation où des guides naturalistes nous reprennent gentiment lorsqu'on confond cygne et canard.  






Tout ceci fait de la baie de Somme un endroit magique : peu de monde, la nature à chaque pas, la tranquillité des étendues du delta et au bout la mer tantôt calme tantôt se jetant avec rage sur les digues.



 C'est en la suivant au plus près que nous avons visité Saint Valéry sur Somme et ses vieilles ruelles qui témoignent encore de la rude vie des pêcheurs , le Tréport où nous nous sommes faits copieusement arrosés par les vagues, Fécamp : tempête toute la nuit, vent à 170km/h, ballotés dans le fourgon (que l'on  apprécie dans ces conditions) et enfin Étretat  ; son Arsène Lupin, son Maurice Leblanc et sa falaise. 

Retour à la civilisation en suivant l'autoroute jusque dans la Drôme -dur.

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